Une idée qui revient de loin
Lorsque Valve a présenté les premières Steam Machines en 2013, le projet était probablement trop ambitieux pour son époque. Peu de jeux étaient compatibles avec Linux, SteamOS manquait encore de maturité et les nombreux constructeurs partenaires proposaient des configurations très différentes les unes des autres, ce qui empêchait la plateforme de trouver une véritable identité.
Plus de dix ans plus tard, le contexte a profondément changé. Le succès du Steam Deck a démontré qu’il existait une réelle demande pour une expérience de jeu basée sur Linux, tandis que les progrès réalisés autour de Proton ont totalement transformé la compatibilité des jeux Windows. Valve revient donc avec une nouvelle Steam Machine qui semble enfin bénéficier d’un environnement technique capable de soutenir ses ambitions.
Mais cette machine n’est-elle qu’un simple mini-PC de salon, ou représente-t-elle le début d’une véritable alternative à Windows pour les joueurs ?
Un hardware pensé pour le salon
Cette nouvelle Steam Machine se présente comme une console de salon compacte, silencieuse et prête à jouer dès sa sortie du carton. Elle embarque un processeur AMD Zen 4 personnalisé à six cœurs et douze threads, un GPU basé sur l’architecture RDNA 3, 16 Go de mémoire DDR5 et un SSD NVMe proposé en versions 512 Go ou 2 To. L’ensemble fonctionne sous SteamOS 3, mais l’utilisateur reste libre d’installer Windows ou une autre distribution Linux s’il le souhaite.
Valve cherche clairement à proposer une expérience proche de celle d’une console traditionnelle, avec un démarrage rapide, une interface adaptée à la manette et un encombrement minimal, tout en conservant les avantages d’un véritable PC.
Des performances solides… avec quelques limites
Sur le papier, Valve annonce une puissance environ six fois supérieure à celle du Steam Deck, ce qui permet d’envisager confortablement du jeu en 1440p, voire de la 4K grâce aux technologies d’upscaling comme le FSR.
Les premiers tests montrent effectivement des performances convaincantes, mais également quelques concessions. Les jeux les plus exigeants, comme Cyberpunk 2077, Avatar ou d’autres productions AAA récentes, nécessitent souvent d’abaisser certains paramètres graphiques, d’activer le FSR et de désactiver le ray tracing afin de conserver une bonne fluidité.
Les critiques pointent également du doigt la présence de seulement 8 Go de mémoire vidéo, une capacité qui commence déjà à montrer ses limites dans plusieurs jeux récents utilisant des textures très gourmandes. Autre point surprenant, la mémoire système fonctionne actuellement en simple canal, un choix qui peut entraîner une perte de performances estimée entre 9 et 13 % selon les propres estimations de Valve.
En pratique, la Steam Machine reste une excellente machine de jeu, mais elle ne cherche pas forcément à battre les PC gaming traditionnels sur le terrain de la puissance brute.
SteamOS est sans doute le véritable produit de Valve
Le plus intéressant dans cette nouvelle Steam Machine n’est peut-être finalement pas son matériel, mais le système d’exploitation qui l’accompagne.
Lors du lancement des premières Steam Machines, SteamOS était encore très immature. Les pilotes Linux étaient moins performants, les développeurs publiaient rarement des versions natives de leurs jeux et la compatibilité globale restait très limitée. Dans ces conditions, il était difficile d’imaginer Linux devenir une plateforme crédible pour le jeu vidéo.
La situation est aujourd’hui totalement différente grâce au travail colossal réalisé autour de Proton. Cette couche de compatibilité traduit automatiquement les appels DirectX vers Vulkan et permet désormais de lancer la grande majorité des jeux Windows sans aucune intervention des développeurs. Pour beaucoup d’utilisateurs, il suffit simplement de cliquer sur « Jouer », exactement comme sous Windows.
Les statistiques actuelles montrent qu’environ 90 % des jeux disponibles sur Steam sont désormais jouables sous Linux grâce à Proton, une évolution spectaculaire qui change complètement la donne.
SteamOS peut-il remplacer Windows ?
Il y a encore quelques années, la réponse aurait été un non catégorique. Aujourd’hui, la question mérite réellement d’être posée.
SteamOS présente plusieurs avantages techniques. Le système consomme moins de ressources en arrière-plan, utilise moins de mémoire vive, ne contient ni publicités ni services superflus et se concentre uniquement sur l’expérience de jeu. Cette simplicité permet parfois d’obtenir quelques images par seconde supplémentaires par rapport à Windows, notamment sur le Steam Deck où Valve maîtrise parfaitement l’ensemble matériel et logiciel.
Sur un PC classique, les gains restent plus variables selon les jeux, les pilotes graphiques et la configuration utilisée. Dans certains cas, Windows conserve encore un léger avantage, tandis que dans d’autres, SteamOS parvient à faire jeu égal, voire légèrement mieux.
Tout n’est cependant pas parfait. Certains jeux multijoueurs utilisant des systèmes anti-triche très intrusifs restent incompatibles avec Linux, ce qui constitue encore l’un des principaux obstacles à une adoption massive de SteamOS. La situation progresse régulièrement, mais ce point demeure aujourd’hui l’une des dernières grandes forces de Windows.
Microsoft doit-il s’inquiéter ?
Valve ne cherche probablement pas à faire disparaître Windows. En revanche, l’entreprise souhaite clairement réduire sa dépendance vis-à-vis de Microsoft.
Aujourd’hui, Microsoft contrôle une grande partie de l’écosystème du jeu sur PC grâce à Windows, DirectX, au Microsoft Store et à Xbox. En développant SteamOS, Valve reprend progressivement le contrôle de son propre environnement logiciel et n’est plus obligé de dépendre des décisions prises par Microsoft.
Le succès du Steam Deck a déjà démontré que les joueurs étaient parfaitement prêts à utiliser Linux, à condition que toute la complexité technique reste invisible. Si SteamOS continue de progresser au même rythme et que davantage de constructeurs décident d’adopter ce système, Windows pourrait progressivement perdre son statut de plateforme incontournable pour le jeu vidéo.
Et face à un PC gaming à 1 000 € ?
C’est probablement sur ce point que la Steam Machine suscite le plus de débats.
Avec un budget d’environ 1 000 €, il est aujourd’hui possible d’acheter ou de monter un PC équipé d’un processeur AMD Ryzen 5 9600 ou équivalent, de 32 Go de mémoire DDR5, d’une Radeon RX 9060 XT 16 Go ou d’une GeForce RTX 5060 Ti, ainsi que d’un SSD NVMe de 1 To. Une telle configuration offrira généralement davantage de puissance, plus de mémoire vidéo, une meilleure évolutivité et un rapport performances/prix supérieur à celui proposé par la Steam Machine.
En revanche, cette solution ne bénéficiera pas forcément de la simplicité d’utilisation recherchée par Valve. Une Steam Machine s’allume comme une console, démarre directement dans SteamOS, fonctionne à la manette sans configuration particulière et se fait rapidement oublier dans un salon. Finalement, Valve ne cherche peut-être pas à concurrencer directement les PC gaming traditionnels, mais plutôt les consoles de salon.
Plus qu’un ordinateur compact
La nouvelle Steam Machine ne révolutionne probablement pas le marché par sa puissance. En revanche, elle pourrait bien représenter une étape importante dans la stratégie de Valve.
L’entreprise ne vend plus seulement un ordinateur compact, elle propose désormais un véritable écosystème capable de fonctionner indépendamment de Windows. Grâce aux progrès réalisés par SteamOS et Proton, Linux est devenu une plateforme de jeu crédible, capable d’exécuter une immense partie du catalogue PC sans compromis majeur.
La première Steam Machine est sans doute arrivée trop tôt. Cette nouvelle génération bénéficie d’un contexte bien plus favorable, où les technologies sont matures, les pilotes performants et les habitudes des joueurs ont évolué. Reste maintenant à savoir si Valve parviendra à convaincre suffisamment de constructeurs et de joueurs pour faire de SteamOS une véritable alternative à Windows dans les années à venir. Car la bataille est là.








Vu le prix et les performances, je m’inquiète pas trop. Il suffit d’écouter les youtubeurs pour se faire déjà une idée.